Les enfants de divorcés vont mieux

Publié le par Fabrice




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amille brisée, enfants déboussolés, mère isolée. Les poncifs sur le divorce ont la vie dure. Au quotidien pourtant, les choses bougent. Et les lois changent. En route vers un nouvel équilibre ?


Retour au calme, après vingt ans de discours extrémistes sur le divorce. D’un côté, majoritaires, les agitateurs de l’apocalypse : famille brisée, enfants déboussolés, mère isolée abusive, père absent et irresponsable… bref, le carnage. De l’autre, moins nombreux, les fervents de la normalisation, brandissant les guides du « comment divorcer en douceur », gommant, sous couvert d’éviter la culpabilité, les caractères spécifiques de cette expérience difficile.

Comme souvent, c’est le vécu des milliers de familles concernées qui a rétabli une juste mesure des choses. Le divorce reste une épreuve douloureuse pour tout le monde, mais la suite n’est pas forcément désastreuse, pour peu qu’on veuille bien considérer qu’un nouvel équilibre s’instaure. Et cet équilibre, c’est dans le concret du quotidien qu’il s’élabore. Bien des familles séparées ont l’expérience de cette recherche à tâtons d’une nouvelle harmonie mais, jusqu’ici, la société et ses lois n’avaient guère pris en compte leurs pratiques. Cela va changer, notamment grâce à deux rapports commandés par le gouvernement (1), qui permettent de réviser certains poncifs trop souvent colportés. Des propositions de lois vont être faites, et le Code civil sur le droit de la famille devrait être modifié dès le premier trimestre 2001. En attendant, voici la liste des principaux clichés qui devraient disparaître de la vie des divorcés et de leurs enfants.


1- Dont Couple, Filiation et Parenté aujourd’hui d‘Irène Théry (Odile Jacob, 2000).

Divorce ne rime plus avec pugilat

50 % des divorces ne sont pas conflictuels et, s’ils provoquent encore des dégâts, ceux-ci sont paradoxalement dûs « à des procédures inadaptées, qui dramatisent la situation », affirme Marie-Pierre Certin, avocate. Aussi la loi française veut simplifier la procédure et supprimer le divorce pour faute, dévastateur pour les familles. Le fait qu’il s’appuie sur les témoignages de l’entourage des deux conjoints crée des haines irréparables dont les enfants sont les premières victimes. « Le divorce pour faute n’existe plus dans la plupart des pays européens, ajoute Marie-Pierre Certin, remplacé, dans le cas de violence ou d’adultère, par un divorce pour cause objective, nettement moins destructeur. »

La famille ne disparaît pas, elle mue

Les sondages sont unanimes : la famille est plébiscitée, en particulier parmi les jeunes. S’il y a métamorphose, il s’agit plutôt du passage d’un singulier à un pluriel, de la famille nucléaire comme modèle unique à l’émergence de trajectoires diverses : familles légitimes, naturelles, monoparentales, recomposées.

Robert Neuberger, thérapeute familial (2), explique : « La “famille PME”, comme je l’appelle, c’est-à-dire “père-mère-enfant”, n’est qu’un accident dans l’histoire. Plus on remonte dans le temps, plus on constate l’existence d’organisations beaucoup plus complexes. » Quant à François de Singly, sociologue (3), il s’exclame : « Heureusement que la famille change, puisqu’elle prépare les individus à une société qui, elle, est en plein bouleversement. Les jeunes vont devoir être des adultes à la fois solides et flexibles. Or les gens pensent qu’une plus grande souplesse implique moins d’enracinement. C’est faux. » Qu’elles soient nucléaires, monoparentales ou recomposées, toutes ces familles transmettent des traditions, des coutumes, des histoires. L’enracinement existe donc bien.


2- Les Territoires de l’intime (O. Jacob, 2000).
3 - Libres ensemble (Nathan, 2000)

Publié dans Psychologie

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